vous avez été nombreux à apprécier le chapitre 0 « d’A marée basse » vous méritez bien par vos retours, le premier vrai chapitre , continuez de réagir

merci pour votre lecture voici la suite et à suivre

Acte 1 

De cendre et de sable 

Par débarras et sans embarras, Mickael jeta à la mer l’urne sortie de son sac à dos après avoir vidé son contenu sur le sable.  De quoi répandre sur la plage mouillée, une odeur discrètement ambrée, rose marinée et esquisser sur son visage, un léger sourire.  

Comment décrire une maison toute en bois, lorsqu’à être trop présent il en devient oppressant ? Omniprésent à l’intérieur mais aussi l’extérieur au point d’imager plus une décharge maritime qu’un lieu d’habitation.

Ici et là, partout, des bouts de bois flottés en tas en un  équilibre improbable et  attente d’être assemblés. Fouillis inextricable, d’où naitront peut-être, avec beaucoup d’imagination et de savoir-faire, des constructions. Comme ces sièges confectionnés en branches « entretoisées », sur lesquels, il fallait oser poser ses fesses, avec la hantise de tout écrouler.

Maîtresse des lieux et des déchets, Maylis vivait au travers de ces rejets maritimes, elle en faisait partie.  Comme eux, la vie l’avait toujours ballotée, trop souvent rejetée.  En leur redonnant une chance d’exister, elle pensait pouvoir saisir la sienne. Ses « frères d’eau en sable “, elle les comprenait et ils le lui rendaient bien. 

A marée basse, elle les rencontrait, les interrogeait du regard avant d’oser approchant la main, les toucher. Leurs échanges pouvaient débuter : Elle leur parlait, ils lui répondaient. 

Suivant leur parcours maritime, elle oscillait ses rêves sur l’écume marine. Au fil des marées, accompagnant la vague, elle laissait surfer sa pensée, aussi si vague. D’où venaient-ils, qu’avaient-ils fait, qui étaient-ils, au total qu’était-elle ? Salves d’interrogations générant des réponses trop souvent laconiques !

Des branches d’arbres, mais aussi des troncs, ou encore un bout de planche avec un nom à moitié effacé, peut-être l’ultime trace d’une barque coulée.  Là, un rondin trop lisse même pour que les moules puissent s’y accrocher, reste d’un morceau de digue arraché par les assauts répétés de l’océan.  Deux signes de destruction et peu d’espoirs de reconstruction. Preuves « mortes vivantes », qu’un ordre nouveau a besoin du désordre, pour renaître. 

Pour tous c’était des déchets, pour elle, des trésors. Poncées, décapées, blanchies d’écume, ces branches allaient devenir sous ses mains, quelque chose, mais quoi ?  Avant de commencer, elle l’ignorait, tout s’enchaînait, se liait, décomposé se recomposait. 

Usés jusqu’au cœur, ces fragments, vrais « négatifs de l’océan », n’avaient conservé que l’essentiel : l’empreinte, la couleur, l’odeur, l’âme de la vague. 

Son seul but : les assembler au nez, à l’œil, à l’oreille, pour mêler l’odeur et la forme en une même harmonie. 

Ces bouts de bois étaient autant de notes à accorder sur une partition de sable.  

De créativité, elle n’en manquait guère, Maylis. 

Comme pour cette vieille recette de colle à base de peau de lapin : elle l’ avait modernisée. Apprise de son grand père ébéniste, elle se l’était appropriée pour respecter sa première règle de construction : toujours utiliser dans ses assemblages des pièces de bois ayant un passé, les unir au présent de manière respectueuse, pour leur espérer un avenir. Tout un mode de vie résumé dans une excuse en forme de substitution. 

Une vraie gageure technique était de faire vivre ensemble, des morceaux épars souvent contraires d’avoir été opposés dans leur  » propre existence ”, mais, c’était tout ce qu’elle aimait. Rebelle, elle honnissait ce qui semblait trop simple au premier abord, trop évident. Pour elle, le simple devait naitre du complexe, « ce qui va bien », ne doit pas se concevoir aisément. L’évidence peuple l’océan de vices génèrant autant d’erreurs. 

A l’image de ses bois flottés, sa propre vie, était ballotée, imprévisible à en devenir chaotique. 

Ainsi, pendant quelques mois, une existence dure mais heureuse, passée à glisser sur sa planche et entre les jambes de Patxi, « son surfeur de Saint Jean », comme elle l’appelait. Même s’il était originaire de Socoa. Elle l’avait croisé sur le sable pendant une compétition de surf à laquelle elle avait assistée et qu’il n’avait pas remportée. En mer, « chevalier de l’écume « , il chevauchait sa planche faisant l’admiration de Maylis, sur le sable il n’était pas mauvais non plus. Au pied de la dune, ils avaient présenté leurs sexes respectifs. Par affinités, tout s’était emballé. 

Hors du temps, pendant ces quelques mois de bonheur, elle en avait même oublié de ramasser son bois. Elle assemblait un peu, construisait toujours, vivant désormais en réserve, sur ses réserves.  Sa quête de plaisir lui suffisait devant cette quéquette ne la laissant pas de bois. 

Les semaines passant, Patxi supportait de moins en moins la concurrence des bouts inertes de branches. Inertes, ils devinrent vite castrateurs au point d’empêcher son propre bout de frétiller. Maylis tolérait de moins en moins ses sorties « après planche ». Aussi, ils convinrent de reprendre leur vie là où elle les avait trouvés. Lui, chevauchant la vague à s’échouer parfois sur le sable, elle, sur le sable au regard dans le vague.  Si le cœur des hommes est en bois, celui des femmes, trop friable, tombe vite en sciure. 

Un échec de plus, elle s’en voulait, se promettant, de ne recommencer à aucun prix, une telle aventure. 

Promesse de sable : tôt le matin, sur la plage encore déserte ou presque, un GM gentil moniteur de baignade, ses palmes à la main, avait accroché son regard. » Non c’est fini, stopper me coûte trop », se dit-elle. 

Pourtant, plongeant sans palme, elle avait échoué entre ses jambes. Peu athlétique, déodorisé par Lidl, plutôt que par Fragonard, il avait su, en ne disant rien, la laisser se raconter. Elle en avait besoin,  il l’écoutait parler d’elle, de ses bois, de sa vie toute éclatée en morceaux mal assemblés. Maylis cherchait une oreille,  elle l’avait trouvé avec une queue en prime.

 Ce dura un temps.

Parenthèse éphémère de sable : Car, lorsqu’ elle n’eut plus rien à dire, plus rien à échanger, en panne de confidences, elle se remit en marche, puis s’éloigna. Il essaya bien de la retenir, mais la saison se terminait.  Il fallait redevenir raisonnable : pour lui, retourner, vers le nord vers sa caserne d’origine et ses habitudes. Pour elle rester au sud et demeurer toujours à l’ouest. 

Un échec de plus, une vie en moins sur son terminal de jeu à programmation vitale.  Tourner cette page fut d’autant moins difficile, qu’elle n’avait jamais été vraiment ouverte, feuille demeurée blanche seulement tachée. Maylis avait repris ses balades sur le sable, sa quête de bois. Une plage libre d’humains, souillée de déchets, ce qu’il lui fallait. 

 Pour trouver un de ces trésors, elle devait creuser, désensabler, puis trier de la pointe du pied, ou du bâton. Quelle honte toutes ces immondices : ils souillaient de ne plus flotter. L’océan les rejetait de n’avoir pu les digérer et ce « vomi des vagues » avait un aspect et une odeur bien peu ragoutants. Mais, le meilleur se cache souvent, au sein du pire. 

Sa mission, celle qu’elle avait choisie ou presque, était de sauver ce qui pouvait l’être encore et donner, dans leur nouvelle fonction, une seconde chance à tous ces stigmates de civilisation devenus inutiles, de ne plus être utilisés. Ecolo, elle n’avait pas le sentiment de l’être, elle l’était. Elle sentait, qu’à ne plus respecter la mer, on détruisait la terre.  Que restera-t-il de notre planète, quand l’eau et le sol seront conjointement pollués ? 

Elle amassait, ramassait sa vie mais sans la vivre. Le tri s’imposait à elle désormais.  

Ce matin, au milieu des rejets, mêlé aux algues, Maylis avait trouvé un dentier. Intact, comme s’il sortait à l’instant, de son verre à dent. Perdu par un baigneur sorti édenté de son bain, ou dernier reste d’une noyade ? Quelle version était la plus  drôle ?  Laisser son empreinte de mâchoire dans le sable, quand la vie vous a dévoré à pleines dents, comique, non ?

 Elle l’avait ramassé pour » alimenter » son cabinet de curiosités. Il trouverait bien sa place entre le casque de chantier cabossé, la prothèse de genou, intacte et articulée, ou la grosse vertèbre de cétacé côtoyant son simili « crane de dauphin”, qui en était peut-être un après tout. 

Elle aimait caresser cet os frontal, l’imaginer sourire, l’entendre pousser son petit cri. C’était sa façon à elle de le remercier quand il l’accompagnait dans les mauvais moments, quand sa quête de l’inutile, devenait vitale pour elle. 

La marée avait été chiche ce matin. Quelques coquillages échoués seuls çà et là. Maylis les avait ramassés pour Maïténa. Si elle ne l’avait pas croisée, c’est qu’elle avait dû changer de site. 

Maïténa, fabriquait des poupées en coquillages. Envie née d’un vide grenier ou souvenir d’enfance en mode madeleine ?  Histoire vraie ou revisitée ? Qu’importe après tout !

Leur aspiration commune à produire des objets inutiles les avait réunies. 

 Fabriquer, mais pour quoi, pour qui ?   Personne, en effet, ne voulait des poupées de Maïténa, pas assez, ou trop « vintage ». Témoins d’un passé simple mais heureux, ne  méritaient-elles que l’abandon brutal d’un XXI ème siècle numérique et composite ?  Maïténa avait pourtant tout tenté. Comme, prendre un stand au marché artisanal nocturne du lac.  Elle n’avait généré que des sourires, pire, des rires amusés mais bien peu amusants. 

Aucun touriste n’avait daigné ne serait-ce qu’en prendre une en main, la caresser, l’apprivoiser, la découvrir pour se l’approprier.  Elle aurait même été prête à l’offrir.  Mais aucune touche !

Pour ne pas avoir à les refermer dans leur boite de sable, elle avait voulu toutes les piétiner et allait le faire, quand son voisin Mickael l’en avait dissuadé.  Il en avait choisi une, elle la lui avait donnée tout en conservant ses copines.

Auto proclamé chaman canadien, Mickael vendait lui aussi sans guère de succès, des gris-gris en plumes d’aigle. De n’avoir été dérangés par des acheteurs, Ils avaient pu beaucoup parler, on vous en reparlera. 

 » Maïténa, les coquillages, elle aimera ça, se disait Maylis avançant sans but, ni destination. Se baisser, ramasser, une manière de justifier sa marche. Bien à l’image de sa vie qui lui pesait de plus en plus, la charge minérale tirait son dos. 

Lourd, trop lourd même, à quoi bon vivre, quand survivre ne nourrit que sa peine ? La question l’obsédait, pourquoi persévérer, quand tout autour de soi, semblait s’opposer à elle. Tout ce qu’elle touchait s’effritait.  Seules résistaient, et encore, ses constructions en bois. 

Des bois lisses, d’avoir longtemps roulé. Ils avaient flotté, résisté mais fini eux aussi par s’échouer.

 Qui trouverait-elle, elle, pour lui redonner une seconde chance, pour l’aider à se reconstruire, se construire même ?   

Serait-ce Sylvain, le fils du pharmacien, étudiant à Sciences po Bordeaux ?  Il lui avait pris la main en lui achetant plusieurs de ses « sculptures marines », comme elle aimait aussi les appeler, sans aller plus loin, faute d’affinités. 

Dire qu’elle était restée de bois, serait un mensonge, mais sa réputation de tombeur, n’étant plus à faire, on le sentait trop en chasse d’un nouveau gibier. Même si elle ne faisait pas grand-chose de sa vie, elle n’était pas pour autant, une « fille de rien ». Il allait vite le comprendre, le Sylvain tombeur devenu mufle, il cumulait. 

Dire qu’elle était restée de bois, serait un mensonge, mais sa réputation de tombeur, n’étant plus à faire, on le sentait trop en chasse d’un nouveau gibier. Même si elle ne faisait pas grand-chose de sa vie, elle n’était pas pour autant, une « fille de rien ». Il allait vite le comprendre, Sylvain !  Tombeur, puis mufle, il cumulait.

 « Par hasard », elle aperçut à la déchèterie une de ses compositions préférées, cédée à regret, jetée dans une benne à ordures. La honte totale ! Le sagoin !  De nuit, elle s’était glissée dans le container pour la récupérer.  En expiation, ou en purification, elle l’avait brûlée prenant soin de mêler les cendres, au sable. Seule, la marée saurait les honorer. 

Déshonorée au travers même d’une de ses créations, cette fois Maylis ne s’en remettrait pas ! Ce jour-là, une partie d’elle-même l’avait abandonnée 

Si seulement, comme ses bois, elle pouvait se consumer.  Son corps de plus en plus lourd à porter, empêchait sa tête d’avancer.  Inutile, générateur de souffrances, il l’exonérait désormais, de tout plaisir. Pourquoi ne pas se faire brûler, en se répandant sur le sable, et en se mêlant à lui, passer à une autre vie ?  Elle en avait de plus en plus l’envie, de moins en moins, le courage. 

 Personne à qui se confier, à qui confier cette mission d’accompagnement pour un passage vers  » l’autre monde ». En écoutant France Bleu Gascogne, elle était bien tombée sur une émission où une médium parlait de cette succession de vies, que chacun subirait dans une succession de mondes. Sans bien comprendre ce que disait Patricia Darré, elle n’avait retenu que son nom et une de ses formules : Notre séjour sur terre n’est en fait qu’un pont entre des espaces à franchir. Vu le présent, si elle passait directement au suivant ? 

L’envie sans aboutissement est pire encore que l’absence d’envie. Comme toujours, ne pas oser, commencer pour ne jamais terminer, était son lot, un lot, perdant, à coup sûr. A force de perdre, que pouvait-elle encore espérer gagner ?  Pour conjurer le sort ou se l’attirer, Maylis avait débuté la construction de ce qui serait son dernier habitat, avant de brûler. Seul manquait le couvercle, mais elle n’en aurait pas besoin.

Autant laisser les flammes librement contempler, puis lécher son corps. Après tout, elle n’avait rien à cacher, tout était gâché. Son cercueil, entrelacs de bouts de bois assemblés, l’attendait. Un fourbi de plus, non seul objet utile dans son environnement mort car figé.  

Juste survivre encore un peu avant de mourir : après son surfeur, après avoir évité Sylvain, le fils du potache, Maylis, avait rencontré José. Il était serveur au restaurant des sables.  Il la regardait souvent passer, sans jamais oser l’aborder. Elle était si belle, comment faire pour la séduire ? Un jour de repos, il était revenu sur son lieu de travail possible lieu de chasse.  Caché à l’angle de la salle de restaurant, il lui avait offert un bout de bois ramassé, un peu plus loin, à tout hasard, voire plus, en vue d’affinités partagées. 

  • Comme il est beau, 

Avait-t- elle dit, alors. Rouge de joie et de désir, José avait pris le compliment de plein fouet, à en faire frémir son bout, plus tout à fait en bois. 

Il saisit sa main, mais elle se ressaisit vite et le planta dans le sable, sa branche en main. Il tenta, revint à la charge, plusieurs fois avec moins de bois, plus d’intention, et les défenses de Maylis à la longue, s’amoindrirent. Méfiante et inquiète face à ce garçon si jeune, anormalement timide, intriguée, elle s’attarda, puis s’attacha. La persévérance du serveur avait fini par servir. 

Un matin, elle abandonna sa main dans la sienne, et laissa l’autre, la caresser. Son « José des sables « , devint chaud comme la braise, son pouls s’emballa, il allait… 

Il ne fut pas long à explorer les zones érogènes avec douceur, mais détermination. Les massant, tout en les pinçant délicatement entre ses doigts, Il fit dresser ses bouts de seins. Puis, il descendit progressivement. Gagner sa culotte devint son but, un challenge pour main gauche.  La droite stratégiquement demeurée plus haut, servait à déclencher la vague de plaisir. Du bout de ses doigts, il sentait désormais frémir les poils, les lèvres s’entrouvrir. 

Il n’était pas puceau, débutant seulement. Son expérience assez courte et pas très bonne était née avec Cathy la serveuse, toujours prête à ouvrir la porte, sans attendre qu’il n’ait frappé. Sa vigueur et son comportement par trop animal, avait même fait chuter ses ardeurs au point d’engendrer chez lui une panne.  Elle lui avait coûté la chaude Cathy mais aussi et surtout sa réputation de séducteur, déjà qu’elle n’était pas au top. 

Les petites stagiaires de l’école hôtelière, à former, mais déjà bien en forme, vite prévenues, étaient devenues réticentes à « développer avec lui leur formation ». Certaines en riaient, d’autres en profitaient. 

Avec Maylis c’était différent : le plaisir naissait, prenait forme. L’envie, faisait monter le désir. Jusque-là il maitrisait. A la fin seulement, tout s’emballait.  Devenue incontrôlable, la montée en puissance en accélérant les tours, conduisait à l’emballage final : un vrai feu d’artifice biologiquement correct. Ils partageaient ces moments avec délice, sans rien dire, seulement ressentir. 

De doux instants entre lesquels rien ne se passait, ils n’avaient rien à échanger. Ils s’unissaient pour mieux se séparer. A finir par se lasser de ces moments pleins, suivis de si grands creux. Vivre en pointillés n’était pas vivre.

Maylis évitait désormais de passer derrière le restaurant, sachant que José y était, la guettait peut-être. En conserver la mémoire lui suffisait. Si elle avait du mal à oublier la caresse de ses doigts fins, presque féminins, elle ne sentait déjà plus, leur empreinte.  La vague était passée avait tout lissé, presque tout effacé. 

Trop présent, pour construire un futur avec José, il fallait arrêter de jouer les aimants, amants, seulement. 

Un échec de plus dans une vie de moins en moins consistante. Compagnon de l’instant, conscient de ses manques, José avait même essayé de lui présenter un de ses copains Philippe, le sommelier. En vain. Il avait pourtant, « la langue”, pour gouter ses vins, comme pour… mais Il parlait trop, il parlait vite, il avait saoulé Maylis sans même avoir besoin de consommer. Elle n’allait tout de même pas passer toute la brigade en revue !

  Il lui fallut abandonner le restaurant et sa troupe. En dehors de leur cuisine, tous un peu trop jeunots et pas assez « maitres queue » à son goût ! Ou trop, mais, à contre temps, pour d’éphémères coups suivis de trop de contre coups. Ils n’avaient pas été encore assez débridés par la vie. Elle reprit sur le sable son sac et ses « marches en bois ».

Au marché nocturne, Maïténa lui présenta Mickael : ils parlèrent, lui surtout , de lui, elle l’écouta sans toutefois aimer cette façon qu’il avait de se mettre en scène. Il affirmait cultiver la compassion, elle sentait en lui une « contre passion » malsaine. Une passion plutôt une agitation pouvant appartenir à un trouble plus profond de comportement. Un mal être, peut-être d’avoir mal été. Il souhaitait poursuivre, elle ne se sentait pas assez d’affinité pour cela. En cadeau de « rupture », elle accepta de lui, une mixture efficace contre les maux de l’amour : aussi bien les bleus à l’âme que ceux du corps. Une préparation tellement infâme, qu’elle méritait bien son surnom de médicinale. Elle en avait bu pour ne pas avoir à consommer, avec lui. Brutalement endormie, elle s’était réveillée avec une impression trouble, tel le souvenir angoissant de l’haleine forte de Mickael cherchant sa langue d’un sexe tendu, cherchant ses lèvres. Vrai cauchemar ou fausse impression ? 

Un trouble effacé seulement par sa première rencontre avec Julien, son « copain de sable ». Elle l’avait croisé, chacun poursuivant une trajectoire parallèle. Comment pouvaient-ils se trouver ?  Lorsqu’elle arpentait le pied de la dune, il suivait le bord de l’océan. Ils se saluaient de loin. Et puis un jour, une vague plus forte que les autres, les avait rapprochés. Elle l’avait obligé à se replier, ils s’étaient rejoints, liés, enlacés, brutalement séparées. 

La brume de cendres parfumées rose marinée et iodée avait bien du mal à se mêler au  sable mouillé.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.